«LA VIE APRÈS…

….(avoir donné) la mort» – Titre d’une chronique signée par madame Mylène Moisan et publiée dans le quotidien «Le Soleil» le 19 mai 2013.

 

«Je suis devant un homme, un meurtrier. À 70 ans, Gaston Bourdages est heureux comme jamais il ne l’a été. Il est parvenu à se pardonner d’avoir tué sa blonde. Et à se redonner le droit au bonheur.

Il ne digère pas d’avoir commis «l’injustifiable», mais il a compris pourquoi. Il se l’explique sans l’occulter. Les mots sont importants. Je marche en terrain miné. Je parle d’un meurtrier heureux.

Ça s’est passé le 18 février 1989 en après-midi. Il est entré chez lui. Lorraine était là. Il a pris un crucifix, l’a frappée autant qu’il a pu. Il est sorti dans le froid qu’il ne ressentait pas. «J’ai vu des gyrophares, senti quatre mains m’agripper.» S’est retrouvé «dans une camisole de force».

Jusque-là, Gaston vivait à vitesse grand V. Il brassait des grosses affaires à Québec, comptait en millions. Il buvait, baisait, bouffait. Allait à l’église chaque jour.

Le 13 février, il s’est fait évincer de sa compagnie. Une histoire louche d’ambitions dévorantes. Le lendemain, Lorraine lui demande de la conduire à un dîner avec un homme, «un rendez-vous galant» qu’il s’imagine. C’est la Saint-Valentin. Le 16 février, son «gourou spirituel» en affaires, le largue.

Et après? «La peur. Une grosse boule là.» Il porte ses deux mains au bas de son ventre. Et Lorraine ? «Lorraine devient un personnage. Elle représentait la peine que j’avais. J’ai voulu tuer une partie de notre relation.» Il lui a enlevé la vie. «Je me suis senti descendre dans un cylindre noir.»

Diagnostic: psychose réactionnelle brève. Il a été jugé apte à subir son procès, a plaidé coupable à une accusation réduite d’homicide involontaire. Condamné à sept ans de prison, il a fait 25 mois. La commission des libérations conditionnelles l’a envoyé en maison de transition, où il a eu un suivi psychiatrique serré. En prison, il a vu le psychiatre «juste cinq fois.»

Il partait de loin. Il accusait la terre entière, se sentait plus victime que meurtrier. «Je vivais avec le sentiment omniprésent du rejet. D’abord de ma mère et de tous ceux qui ont suivi.» Me voilà en terrain glissant, à parler de ses blessures, de la route qu’il emprunte pour retrouver la paix. Je pense à Lorraine, six pieds sous terre, blessée à mort, qui n’a plus de chemin à suivre. Je pense aussi à la fille de Lorraine, qui n’a probablement pas eu autant d’aide que Gaston pour s’en sortir. Comment parler de Gaston sans banaliser la mort qu’il a donnée ?

Et pourquoi parler de son bonheur retrouvé ?

Pour comprendre le malaise que je ressens quand on m’informe des balades à vélo de Guy Turcotte, qui a tué ses deux enfants. Quand j’apprends qu’il veut refaire sa vie. Quand je le vois sur une photo, tout sourire, avec un enfant sur les genoux.

La grosse différence entre les deux, c’est le temps. Il a fallu 23 ans à Gaston pour faire la paix avec ces funestes minutes. Il a souvent souhaité mourir. Est allé deux fois sur la tombe de Lorraine, la première avec l’intention de se tuer. La deuxième, en lui demandant pardon. «La réhabilitation, c’était tellement dur, que je m’ennuyais des fois de ma cellule. Ça faisait mal en dedans, ça ouvrait des blessures, ça fouillait loin.»

Il a écrit deux livres pour comprendre. «Ces mains qui tapent sur le clavier, elles ont servi à tuer, ces mains, je les regarde, pensif et impuissant. Que faire d’elles maintenant ? J’ai à accepter qu’il en soit ainsi. Puissent-elles être dorénavant instruments d’amour», qu’il raconte au début du premier ouvrage J’ai mal à ma liberté…j’ai tué. 

Le deuxième bouquin vient tout juste de sortir. Examens de conscience…autopsie de l’injustifiable résume le chemin entre la mort donnée et la paix retrouvée. Il y a sur ce chemin beaucoup de monde, des psy., des travailleurs sociaux, Félix qui chante «la mort, c’est plein de vie dedans». Il y a les curés aussi. Il a eu besoin de la foi pour ressusciter de cette mort donnée.

Il a retrouvé l’amour. L’a trouvé en fait, n’avait jamais connu ça avant. Ni de sa mère, ni de ses deux femmes, ni de Lorraine, qu’il a fréquenté dix mois. Il a rencontré Denise en 2001 à Rimouski, ils avaient déjà dansé des «slows» ensemble quand ils étaient ados. Quand elle a vu Gaston, elle l’a aimé malgré le meurtre commis. «Elle m’a aimé avant que je m’aime. Je me suis battu contre l’idée. Quand je lui ai dit «je t’aime», on a pleuré de joie et de fragilité.» Ils ont fêté leurs dix ans de mariage vendredi.

Gaston est convaincu qu’il ne tuera plus. N’est-ce pas le but ultime de notre système basé sur la réhabilitation ? À partir de là, il faut accepter de lui redonner le droit au bonheur. Les gens heureux ne tuent pas leur blonde avec un crucifix.»

Sur ce titre, j’ai commencé à taper sur le clavier; à écrire un manuscrit. En lisant la chronique, j’y ai aussi «vu» «The dark side of the moon» et «The wall», ces deux pièces musicales de Pink Floyd.

Réalisations musicales qui, dans une certaine juste mesure, décrivent très bien certains très noirs voire tragiques chapitres de ma vie.

J’ai actualisé et modifié le 1er titre en écrivant, me concernant :«The bright side of the moon».

Sans prétention, je le vis ainsi, je suis dans un lumineux coté de la lune et «The wall» (le mur), je l’ai franchi. Que d’aides reçues pour y arriver !

Que de mercis alors à formuler !

Mes respects,

Gaston Bourdages.

P.S. À Madame Moisan et à la personne en autorité au «Le Soleil», mercis de m’avoir permis l’utilisation de cette chronique pour fins de rédaction de ce projet de volume.

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